L’Europe s’élargit, l’Europe
s’unit.
La revue Seine et Danube se fixe pour projet d’intervenir
au cœur de ce fait historique et de prendre une part active à
son développement. Elle-même signe de ce nouvel espace politique,
elle a pour ambition d’en valoriser la dimension culturelle et de
fournir des repères chaque fois qu’elle le pourra.
Un pari somme toute : celui de démontrer que la Seine
et le Danube ne sont pas si éloignés l’un de l’autre
que l’on aime à nous le faire croire. Ils sont même
proches. La littérature européenne, en dépit de son
apparente diversité linguistique, partage des sources communes
et son unité s’explique par ses origines grecques, latines
et judéo-chrétiennes. La parenthèse communiste, même
aux pires moments du stalinisme, n’a en effet jamais réussi
à provoquer une rupture irréversible entre les littératures
de l’Est et celles de l’Ouest. Elles ont le plus souvent évolué
dans des sens convergeants et lorsque des différences incontestables
se sont manifestées, elles ont toujours été créatrices
et enrichissantes.
Notre revue ne se limite pas à perpétuer celle
qui s’appelait Les Cahiers de l’Est (Albatros, 1975-80) puis,
dans sa mouture plus récente, Le Nouveaux Cahiers de l’Est
(POL, 1991-92). Elle entend apporter un élément nouveau
: l’importance accordée à la littérature française,
directement, par des textes, ou, indirectement, par des articles de critique.
Bonne nouvelle pour ceux qui attendent un peu d’air frais dans le
parisianisme ambiant.et stagnant. Tel est aussi notre pari, que seule
une subjectivité sereinement assumée peut gagner. Walter
Benjamin avait raison lorsqu’il écrivait : "…l’impartialité,
le regard objectif sont devenus des mensonges, sinon l’expression
tout à fait naïve d’une plate incompétence. "
Si tous les numéros ne seront pas thématiques,
le premier est consacré en grande partie à Cioran, ce sceptique
exalté qui aimait tant la langue française et les quais
de la Seine. Nous commençons avec lui parce qu’il y a des
inédits à faire découvrir dans son pays d’adoption.
Mais aussi et surtout parce que Cioran, comme nous, aimait la littérature
de l’Europe centrale et de tous les pays traversés par le
Danube.
Faire une revue européenne sans complexes et sans démagogie.
Aider les lecteurs de l’Europe centrale à entendre
la France différemment et les lecteurs français à
regarder l’intérieur du vieux continent qui, nous en sommes
certains, va prendre de plus en plus conscience de la nécessité
de son unité.
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