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Frappes chirurgicales
Europe ! Europe !
Le communisme nous avait isolés sur plusieurs plans…
On était coupés du monde libre – comme disait Free
Europe – on était cloîtrés, immobilisés
sur place, ignorant beaucoup de choses et se faisant des illusions sur
d’autres. On était les victimes de l’immobilisme et
de l’éloignement. Sous Ceausescu, on regardait l’Europe
de loin, de très loin, comme si on était relégués
sur la planète Mars !
Et maintenant ?
Maintenant on a été reçus dans l’OTAN,
car les Américains avaient besoin de construire des bases militaires
sur le littoral de la Mer Noire. Tôt ou tard, on va entrer dans
la Communauté européenne, sinon la Roumanie deviendra le
paradis des délocalisations. Un avenir radieux !...
Entrer, d’accord, mais avec quelles conséquences ? Je n’ose
même pas y penser…Surtout à nos agriculteurs qui sont
pauvres, parfois analphabètes. Lorsqu’ils apprennent à
écrire, aussitôt ils se mettent à faire de la littérature
… (j’exagère un peu !)
En définitif, pour la Roumanie, c’est plus facile d’avancer
d’un pas (ou plus, si affinités !...) vers l’Europe,
grâce à sa littérature, que de remplir toutes sortes
de conditions économiques et sociales : élever le niveau
de vie, réduire en proportion significative la corruption, que
sais-je encore.... Et la mentalité, alors ? Cette mentalité
formée pendant des siècles sous les Turcs, et puis sous
les Russes et enfin sous Ceausescu, il faut qu’elle change, elle
aussi…Vraiment ? Du jour au lendemain ?
En littérature, on a toujours été prêts à
rebondir, on s’est toujours débrouillés pour découvrir
quelques écrivains " bons pour l’Occident ". Des
" êtres dévorés par les lettres ". Ce splendide
calembour je l’ai trouvé dans le livre de Petre Ràileanu
sur Gherasim Luca (Oxus, 2004)
Les éditions Oxus ont eu l’initiative (courageuse?)
de lancer une collection intitulée " Les Roumains de Paris
". En fait ce n’est qu’une sous-collection sous la rubrique
plus générale : " Les étrangers de Paris ".
Je me demande combien d’années il faut vivre dans cette ville
pour être considéré parisien…Question d’auvergnat,
sans doute!...
La série s’est ouverte avec un guide : Roumanie, capitale…
Paris. C’est le guide " des artistes et des écrivains
roumains " qui ont vécu et vivent à Paris. J’imagine
que ce n’est qu’un premier tome, tellement il manque de noms,
surtout d’écrivains. On a cherché en vain le nom de
celui qui dirige la collection: Basarab Nicolescu.
*
* *
Je n’ai pas réussi à me procurer tous
les livres sortis dans cette étonnante collection : par exemple,
le livre de Simona Modreanu sur Cioran, je l’ai seulement aperçu
dans une librairie. Je ne l’ai pas touché, encore moins feuilleté,
tellement j’étais persuadé que je le recevrais par
la poste de la part de l’éditeur. Mais j’espère
combler le plus tôt possible cette lacune, quitte à acheter
le bouquin, tellement est grande ma passion pour cette collection…
De toute la série, j’ai retenu en premier lieu
l’excellent livre d’Eugen Simion (président de l’Académie
Roumaine )- Mircea Eliade, romancier. Puisque l’ouvrage
a été publié après la volumineuse biographie
de Florin Turcanu, Mircea Eliade, Le prisonier de l’histoire,
La Découverte 2003, son auteur aurait pu faire l’impasse
sur la vie de l’écrivain. Il ne l’a pas fait et il
a eu raison, car tout un pan de l’œuvre d’Eliade, sa
période " existentialiste " (avant la lettre !), est
intimement lié à son glissement vers l’extrême-droite
roumaine (la tristement fameuse Garde de Fer).Sans vouloir lui trouver
des excuses, Eugen Simion analyse le contexte : les années trente
et la génération furieuse de l’époque qui voulait
le changement à tout prix. Elle l’avait cherché à
gauche, elle l’avait cherché à droite. " Notre
temps est infiniment plus sévère pour l’aventure fasciste
que pour l’aventure communiste… " écrit Jacques
Julliard dans sa préface au livre de Turcanu. D’après
E.Simion, Mircea Eliade s’est tout simplement fait piéger,
il aurait vu dans ce mouvement politique d’extrême droite
une " révolution spirituelle et chrétienne ".
Ce sont les mots d’Eliade lui-même qui " ne disculpe
pas l’historien des religions ", ajoute à bon escient
le critique littéraire.
Pour le reste, la monographie d’Eugen Simion est une
fine et patiente analyse de l’œuvre littéraire du savant,
œuvre écrite entièrement en roumain, à la différence
des essais et des traités sur les mythes et les diverses religion
pour lesquels Eliade faisait appel au français ou, plus rarement,
à l’anglais. Dans sa jeunesse, Eliade était une sorte
de touche-à-tout. Finalement, il a fait son choix. Si avant la
guerre, le roman existentialiste cohabitait avec la prose magique ou fantastique,
plus tard, Eliade ne cultive plus que la prose fantastique ou bien, selon
la formule d’Eugen Simion, la " narration mythique ".
Curieux et expérimentaliste, au début, Mircea Eliade s’est
essayé à des techniques narratives diverses. Il est influencé
par Papini, puis par Gide : le vécu et l’acte gratuit sont
les deux axes qui orientent le comportement de ses personnages. Ils sont
" chrétiens sans croire en Dieu ", causeurs, sinon bavards
et en même temps érotomanes, hantés par le "
fantasme de la virilité " et politiquement attirés
par l’extrémisme. Son goût pour la nouveauté
pousse le romancier, déjà en 1930, à expérimenter
le dialogue intérieur.
Une fois en exil, le professeur d’histoire des religions
se consacre, sur le plan littéraire, au récit fantastique
ou bien mythique, une écriture que E.Simion analyse minutieusement
sur à peu près 200 pages. Il y découvre toute une
stratégie de signes qui attire le lecteur dans un vrai labyrinthe
: on peut y déceler la trace des dieux, donc les mythes, à
travers des objets apparemment insignifiants et grâce à des
rituels à moitié oubliés, où l’esprit
arrogant et superficiel de ses contemporains ne voit que primitivisme
et pauvreté. L’une des obsessions d’Eliade, poétique
s’il en est, c’est la superposition des mondes parallèles.
Cette révélation est possible grâce à une rupture
qui se produit dans la " cohérence temporelle ".A la
suite d’un accident, le personnage se retrouve transporté
dans un autre temps, autrement dit dans un autre lieu qui peut être
imaginé comme parallèle au lieu initial. Maintenant, dans
ses schémas narratifs, Eliade n’a plus besoin de magie ou
d’exercice spirituel comme explication. Comme dans un rêve,
la justification manque, ou bien elle n’est pas explicite.
Eugen Simion est loin de céder à l’hagiographie, il
refuse le ton dithyrambique. Il est plutôt sévère,
parfois même trop sévère. Il considère, par
exemple, comme raté " La lumière qui s’éteint
", le roman " joycien " de M.Eliade (écrit en 1930).
Et pourtant il sait très bien que ce roman représente une
preuve de synchronie rare dans la littérature roumaine de l’époque
(plus tard, ce sera encore plus rare!). Il parle lui-même de "
spatio-temporalité nouvelle " et de " personnage originaux
" chez Eliade. Même ses échecs, dit-il, " ont enrichi
la littérature roumaine ". Alors !
En fait, cette sévérité confère
une vraie crédibilité à son jugement critique. Quand
c’est le cas, ses considérations favorables brillent comme
des médailles du mérite que l’auteur aurait obtenues
en résistant au tir impitoyable de la critique.
Eugen Simion est un véritable écrivain qui a un style d’une
grande subtilité et bien à lui. En roumain je le reconnais
dès les premières phrases. Il perd un peu à la traduction,
et c’est dommage.
*
* *
En dépit de mes intentions ouvertement patriotiques,
je n’ai pas pu lire exclusivement les bouquins de cette collection
destinés à attirer l’attention sur les mêmes
roumains déjà très connus en France sinon dans le
monde entier… J’ai regardé aussi ailleurs. Ainsi j’ai
eu la chance de tomber sur un romancier que j’ignorais auparavant.
Ce qui est assez curieux, car Patrick Lapeyre publie depuis toujours chez
P.O.L.
Coup de foudre ! J’ai dévoré son dernier
roman et je me suis mis à lire tous les autres. J’ai adoré
surtout son premier, Le Corps inflammable , P.O.L., 1984. Le
thème de l’attente, thème récurent chez Lapeyre,
y est décliné sur plusieurs registres. Pierre, le personnage
principal, acteur à ses heures perdues, attend patiemment que le
metteur en scène dirige enfin vers lui la caméra qui auparavant
l’évitait ou même le fuyait. Il joue dans un film d’espionnage
et, dans le film, Pierre s’appelle Perceval. Une ambiance kafkaïenne
règne surtout dans la première partie du roman. Un peu plus
tard, on retrouve Perceval employé dans une banque à Londres
en train d’attendre Martine. L’idée d’espionnage
(on peut appeler cela d’un mot plus ancien – une (en) quête…)
continue son bonhomme de chemin dans l’esprit du lecteur. Car la
vie entière n’est pas autre chose qu’un film d’espionnage
: on espionne ou bien on est espionné, on vit sous l’œil
d’une caméra ou sous les regards des gens qui nous entourent.
Quelqu’un nous a à l’œil ! C’est ainsi sans
doute que fit son apparition, dans l’esprit humain, l’idée
d’au-delà. Dieu, qu’est-ce que c’est, sinon un
œil ? Celui, pourquoi pas, d’un metteur en scène qui
nous mène à la baguette. Au moins, on a cette impression,
on veut l’avoir…Car il nous est difficile d’accepter
que nous sommes complètement seuls et que nous n’intéressons
personne.
L’homme seul cherche l’âme sœur !...Cela donne
L’homme-sœur, le dernier roman de Patrick Lapeyre auquel notre
collaborateur N.Bârna a déjà consacré une critique
dans ce numéro.
*
* *
Les Roumains sont des champions de l’attente. Des années
et des années ils ont attendu les Américains. Avant d’entrer
en prison, dans les années 50, mon père s’exclamait
de temps en temps : " Ils arrivent, ils arrivent ! Ils seront là,
dans quelques mois ".
Depuis quelque temps une autre attente hante l’esprit des Roumains
: ils attendent d’entrer en Europe. Mais les Américains vont
arriver avant : dans quelques mois…
*
* *
Si les Roumains convoitent l’Europe, ce n’est
pas le cas de tout le monde. Il y en a qui sont très fâchés
contre l’Europe. Par exemple, ce " penseur de très haute
volée " - Jean-Claude Milner. Voici les dernières lignes
de son livre dont déjà le titre devrait donner la chair
de poule à tous les pays qui se bousculent aux portillons de la
Communauté européenne – Les penchants criminels
de l’Europe démocratique :
" Le premier devoir des Juifs,
c’est de se délivrer de l’Europe. Non pas en l’ignorant
(cela, seuls les USA peuvent se le permettre), mais en la connaissant
complètement, telle qu’elle a été – criminelle
par commission – et telle qu’elle est devenue : criminelle
par omission sans limites. "
La peur des nouveaux pays qui sont sur le point d’entrer en Europe
(Unie ?) se calme dans la mesure où ils apprennent que la haine
criminelle de l’Europe s’exerce seulement contre les Juifs.
Ah, à l’époque de Hitler ? Non, dit Jean-Claude Milner,
à toutes les époques et surtout à partir du siècle
des lumières. Et pourquoi ? L’explication est longue et se
veut brillante. Je n’ose pas la résumer moi-même. Je
fais appel au quatrième de couverture (je cite) : " Pourquoi
la haine ? Parce qu’en dernière instance, le nom juif, dans
ses continuités, rassemble les quatre termes que l’humanité
de l’avenir souhaite vider de tout sens : homme /femme /parents
/ enfant. "
Il s’agit de défendre la différence ?
Celle consacrée par Nietzsche ? Ce n’est pas Bernard Henri
Lévy qui affirmait que la différence est fasciste ? Enfin,
peu importe… Mais contre qui faut-il défendre le principe
de différence ? Contre " l’humanité de l’avenir
", donc contre l’humanité entière qui deviendra
anti-sémite…
*
* *
Comme beaucoup d’autres Juifs de Roumanie, Gherasim
Luca a heureusement échappé sain et sauf à la persécution
déclenchée par les Nazis dans les années trente.
Il a même réussi, aux côtés d’autres écrivains
d’avant-garde ( Paul Pàun, Gellu Naum, Geo Bogza, Stéphane
Roll, Virgil Teodorescu ,etc.), à mener une activité subversive,
surtout en littérature. La plupart d’entre eux étaient
politiquement de gauche, certains appartenaient même au parti communiste
qui se trouvait en ce moment-là en illégalité. Cela
n’a pas empêché Gherasim Luca et Gellu Naum de se rendre
à Paris et de prendre contact avec le cercle surréaliste
français, très actif sous la houlette d’André
Breton. Ils furent appuyés par le peintre Victor Brauner qui s’était
déjà fait connaître dans la capitale mondiale du surréalisme.
Avant l’occupation de Paris par les troupes allemandes, les deux
amis ont choisi de retourner en Roumanie, où la vie leur semblait
sans doute moins dangereuse.
Dans son livre ( Gherasim Luca, Oxus
2004), Petre Ràileanu, écrivain et journaliste à
Radio France Internationale, consacre un chapitre important à la
fondation du groupe surréaliste roumain, " le groupe le plus
exubérant, le plus aventureux et même le plus délirant
du surréalisme international " ( d’après l’appréciation
laudative de Sarane Alexandrian) qui fut homologué par Breton lui-même,
à l’occasion de l’Exposition internationale du surréalisme
de 1947 à Paris. Gherasim Luca et Gellu Naum, qui avaient rassemblé
autour d’eux d’autres poètes comme Dolfi Trost, Paul
Pàun, Virgil Teodorescu, prolongent leur activité jusqu’à
la fin de l’année, quand les choses commencent à prendre,
en Roumanie, une tournure politique de moins en moins propice à
l’avant-garde littéraire. Gherasim Luca quitte le pays en
1952.
Il est évident que Ràileanu connaît
bien son sujet. Il n’est pas au premier essai sur l’avant-garde
roumaine. Il a déjà écrit sur Tristan Tzara et Fondane.
Si on peut lui faire un reproche, c’est à propos de ce qu’il
appelle " l’héritage surréaliste " dans
la littérature roumaine. Il traite le" groupe oniriste "
dont je faisais moi-même partie un peu par-dessus la jambe. Il va
un peu trop vite en besogne en constatant son échec. Sa conclusion
n’est pas partagée par d’autres critiques et historiens
de la littérature roumaine. Bien entendu, le groupe a été
dissout, quoique moins vite que le groupe surréaliste de Luca et
Naum, mais son influence sur les générations suivantes est
considérée comme certaine (voir par exemple l’article
de N.Bârna publié dans la première partie de notre
revue).
En France, grâce à son travail obstiné sur la langue
française, Gherasim Luca a réussi à se faire aimer
et respecter. Curieusement, un philosophe comme Gilles Deleuze a contribué
davantage à sa réputation que les autres poètes:
" Gherasim Luca est un grand poète parmi les plus grands.
"
*
* *
L’obsession de la hiérarchie ! A propos…
Est-ce qu’on a besoin de comparer Kundera à Hrabal ? Exercice
fallacieux, dira-t-on. Tellement les deux sont différents : c’est
comme si on comparait un rat à un chat.
Kundera ne pourrait jamais mourir comme Hrabal qui est tombé
de sa fenêtre en tentant de sauver son matou. L’auteur de
L’Immortalité, lui, il doit d’abord sauver
son œuvre. La défendre contre les critiques qui haussent de
plus en plus souvent les épaules, accompagnant ce geste d’indifférence
de diverses grimaces de moins en moins bienveillantes.
Ce n’est pas vrai ? L’histoire du chat est fausse
? Ce n’est sans doute qu’une légende destinée
à consacrer un peu plus Bohumil Hrabal : en réalité,
il s’est suicidé, comme Gherasim Luca. Il était malade,
il en avait marre. Mais il avait aussi la flemme d’aller jusqu’à
Vltava….Il s’est jeté par la fenêtre comme Deleuze,
l’admirateur de Luca..
On ne compare pas Hrabal à qui que se soit…On
l’aime comme il était dans sa vie et comme il est resté
dans son oeuvre : loufoque et tragique, avant-gardiste et populiste en
même temps. Lisez donc, sans arrière-pensées, ses
Ballades sanglantes et légendes, traduites du tchèque
par un ancien collaborateur des Cahiers de l’Est, Xavier
Galmisch et publiées par L’Esprit des péninsules.
*
* *
Plus que jamais, dans ce petit livre (A la fin, Minuit, 2004,
96 pages),Eric Laurrent avait besoin de son écriture ciselée
et truffée de mots rares (qu’on a la flemme de chercher dans
le dico), avec des parenthèses en veux-tu en voilà, avec
de longues phrases à perdre le souffle, tout pour tenir le lecteur
à distance. Plus que jamais, car la mort de sa grand-mère
lui offre le prétexte pour s’approcher à grands pas
du récit intime…J’ai dit auto-fiction ? Non, je ne
l’ai pas dit. Pas encore.
" La disparition de la grand-mère, dit quelqu’un dans
JDD, ouvre et ferme une période dans la vie ".C’est
passionnant !
*
* *
A propos de Victor Brauner l’illuminateur de
Sarane Alexandrian , le jeune Alain Jouffroy ( il y a longtemps !...)
disait avec un sens certain de la flagornerie: " La chance de Victor
Brauner est d’avoir trouvé en Sarane Alexandrian non seulement
un exégète passionné et scrupuleux, mais encore un
véritable écrivain, qu’on peut situer dans la tradition
de Saint-Simon et de Huysmans. " Une phrase qui, au lieu de m’inciter
à la lecture, m’a rendu suspicieux…
En fin de compte, le livre de Sarane Alexandrian sur Brauner,
publié par Oxus comme un " livre-évenement ",
n’est qu’un recueil d’articles de valeur inégale,
de dites et de redites qui n’apportent rien de nouveau ni sur le
peintre ni sur sa peinture. Quant au style saint-simonien…Je cite
au hasard : " En effet, Brauner est un peintre dont l’âme
délicate et tourmentée se consume en toutes sortes d’expériences
subtiles qui engendrent des tableaux peu communs, lesquels incitent à
des émotions et des réflexions si diversement profondes,
qu’il apparaît d’importance, à celui que possède
l’amour de l’art, de les prendre en considération véridique,
d’examiner de plus près ce qu’ils proposent aux sens
et à l’esprit de substantiel de relevé, sous peine
de se montrer à distance aussi dérisoire que celui qui ne
sut pas apprécier au temps de leur vie Van Gogh et Gauguin. "
Ouf !
*
* *
Dans son Etre juif publié peu de temps avant
sa mort,chez Verdier, 2003, Benny Lévy attaque violemment Michel
Deguy, à propos de son livre, Un Homme de peu de foi, Bayard, 2002.
En dépit du nom de l’éditeur, le livre de Deguy n’est
pas catho, il est athée ou bien aspire à l’être.
Cela a dû énerver l’ancien maoïste qui a fini
sa vie en prêchant le " retour à la Tora d’Adam
" (ce qui veut dire à l’innocence – condition,
paraît-il, nécessaire et suffisante de l’être
juif).A moins que la source de son énervement ne soit encore plus
concrète, plus circonscrite. Il cite cette phrase de Deguy : "
Je veux pouvoir détester les orthodoxes de Jérusalem autant
que les talibans, la kippa hors de la synagogue autant que le foulard
à l’école, sans passer pour anti-sémite. "
Dans son commentaire coléreux, Benny Lévy n’hésite
pas à proférer des injures (" manque de probité
", " canaille ", etc.). La dispute reste actuelle, on pense
à Edgar Morin et à son procès.
" Pourquoi les termes de communauté, communautarisme,
me font-ils d’abord peur, et tressaillir, dans l’aujourd’hui
même qui les banalise ? " se demande Michel Deguy, dans son
Sans retour, Galilée, 2004. Comment vivre ensemble sans se bouffer
le nez ? L’intolérance religieuse est plus forte que la lumière
de la raison. L’idée de la laïcité semble impuissante,
sans l’efficacité espérée. Et " il se
fait tard ". Sans nourrir beaucoup d’illusions, Michel Deguy
appelle à une trêve: à une " trêve de dieux
".
*
* *
A regarder le film de Mel Gibson, où les supplices
de Jésus sont décrits d’une manière plus que
naturaliste à l’aide d’effets spéciaux, et à
lire les journaux qui relatent l’énorme succès populaire
que le film a obtenu aux Etats-Unis, il est difficile de ne pas penser
que les angoisses de Jean-Claude Milner n’étaient pas complètement
aberrantes.
Sauf qu’il se trompait de continent !
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