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Le prix international Union latine de littérature romanes.
Créé en 1989, le prix international Union latine jouit
d’une grande renommée internationale, bien qu’il demeure
trop peu connu en France. Il consacre chaque année l’œuvre
d’un romancier de « langue romane » quel que soit le
continent, le pays où il vit. Cette année, le prix a été
attribué ex aequo à Juan José Saer et à Virgil
Tanase, le directeur de l’institut culturel roumain de Paris et
membre du comité de rédaction de notre revue. Notre envoyé,
Olivier Apert, a rencontré, avant l’attribution du prix,
le directeur de l’Union latine, François Zumbiehl, qui nous
en présente les divers intérêts.
Olivier Apert : Nous pourrions peut-être d’abord
exposer ce qu’est l’Union latine ?
François Zumbiehl : L’union latine est une organisation
internationale, intergouvernementale, qui regroupe 35 états membres
répartis sur quatre continents, c’est-à-dire l’ensemble
des états de l’Europe latine, y compris la Roumanie et la
République Moldave ; l’ensemble des états de l’Amérique
latine ; tous les états de l’Afrique lusophone, Angola, Guinée-Bissau,
etc. et deux états d’Afrique francophone, la Côte d’Ivoire
et le Sénégal ; ainsi que les Philippines. Fondée
par la Convention de Madrid en 1954, l’Union latine a pour but,
par une série de programmes et d’actions dans les domaines
de la culture et de la langue, de resserrer les liens entre pays qui partagent
le même héritage, de veiller à la diffusion des patrimoines
latins et de la création contemporaine. C’est dans ce cadre
que s’inscrit le prix de littératures romanes, qui montre
bien sa vocation culturelle et linguistique. Nous défendons par
ailleurs, en liaison avec d’autres organisations, le combat de la
diversité culturelle qui devrait aboutir à une convention
signée sous l’égide de l’Unesco.
OA : L’Union latine est soutenue par les états concernés
?
FZ : Oui, soutenue par les états membres. Le plus souvent,
ce sont les ambassadeurs de chaque pays auprès de l’Unesco
qui reçoivent les directives de chaque ministère concerné,
Affaires étrangères, Culture. Trois directions concentrent
le travail de l’Union latine : la promotion et l’enseignement
des langues, la terminologie de la langue, la culture et la communication
qui s’occupe des programmes culturels, du patrimoine tangible, des
arts plastiques, du cinéma et bien entendu de la littérature
avec le prix de littératures romanes… Par ce prix, il s’agit
de valoriser, sur le plan international, l’œuvre d’un
romancier de réputation confirmée et d’encourager
de ce fait la diffusion de son œuvre dans les autres pays latins.
Ce prix concernant les cinq langues latines (italien, français,
espagnol, portugais et roumain) est décerné par un jury
constitué uniquement d’écrivains : aucune considération
autre que celle de la qualité de l’œuvre n’entre
en considération. Nous sommes indépendants des aléas
de la politique, de la diplomatie et du monde de l’édition.
Le jury est réellement souverain. Élu pour trois ans, il
est composé aujourd’hui de Vincenzo Consolo (Italie), président
; de Mario Claudio (Portugal) ; de Mia Couto (Mozambique) ; de Boubacar
Boris Diop (Sénégal) ; de Jorge Edwards (Chili) ; de Sylvie
Germain (France) ; de Francesca Santivale (Italie) ; de Javier Tomeo (Espagne)
et de Dumitru Tsepeneag (Roumanie)… J’insiste sur le fait
que les écrivains qui sont membres du jury ne représentent
pas un pays mais une langue et il est souvent arrivé que des écrivains
défendent un auteur d’un autre pays que le leur. Donc chaque
membre du jury choisit un auteur, un seul auteur, appartenant à
son univers linguistique et qu’il va présenter et défendre.
OA : N’y a-t-il pas un problème de lecture de l’œuvre
lorsque manquent les traductions ?
FZ : Oui, cela peut arriver quoique beaucoup d’écrivains
pratiquent d’autres langues. Au moment de la délibération
chacun essaie de convaincre en dépit de ce problème qui
peut surgir. Mais il est vrai aussi que les écrivains couronnés
ont été en général déjà bien
traduits. Depuis 1990, le prix a successivement couronné Juan Carlos
Onetti, José Cardoso Pires, Jean-Marie Gustave Le Clezio, Gonzalo
Torrente Ballester, Vincenzo Consolo, Alexandre Vona, Lalla Romano, Agustina
Bessa-Luis, Juan Marsé, Marie-Claire Blais, Francisco Dantas Guillermo
Cabrera Infante, Henry Bauchau, Antonio Lobo Antunes, tous écrivains
de grande importance et de grande exigence littéraire…
Si ce prix était jusqu’à présent peu connu
en France, c’est sans doute parce que l’attribution en avait
lieu à Rome. Désormais, nous allons communiquer sur deux
villes : la délibération du jury se déroulera à
Paris en octobre. Nous profiterons donc de la présence des écrivains
pour organiser un certain nombre de rencontres, d’événements
littéraires. La remise du prix (12 000 euros) aura lieu un mois
plus tard à Rome.
OA : Je vois que le Prix n’a pas encore consacré
un écrivain africain alors qu’il y aurait quelque chose d’intéressant
à considérer un auteur africain comme appartenant à
la civilisation, à la culture latines ou romanes…
FZ : Comment définir au fond la latinité sinon
comme un pouvoir de métissage et ce depuis l’empire romain,
à la différence de la culture anglo-saxonne qui repose sur
la juxtaposition. La latinité, c’est vraiment la diversité…
OA : Pourquoi n’avoir choisi de couronner qu’une
œuvre romanesque ?
FZ : Je pense que le roman est davantage porteur d’une
culture ; par le contenu même du récit, il est plus révélateur
d’une culture qu’un essai par exemple. Le roman est un tout
qui révèle la sensibilité d’une langue, d’un
pays, d’une création. Ce prix, parce qu’il couronne
une œuvre déjà certaine, se voudrait être en
quelque sorte le Nobel de la latinité…
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